NEIL GAIMAN

Natif du Hampshire, au Royaume-Uni, mais installé aux États-Unis, Neil Gaiman est l’un des écrivains contemporains les plus célèbres, et son talent s’exprime tout aussi bien à travers, le roman, la poésie, les nouvelles et la bande dessinée que le scénario. Ses plus grands succès littéraires incluent la série de romans graphiques Sandman, Stardust, De bons présages (coécrit avec l’auteur britannique Terry Pratchett) et Coraline, tous adaptés à l’écran. Son roman d’horreur fantastique L’Océan au bout du chemin a été porté sur la scène londonienne sous les applaudissements de la critique. Pour Portraits par dunhill, l’auteur multi-récompensé se confie sur ce que voir ses personnages prendre vie lui évoque, ainsi que sur le plaisir infini d’une « réalité magique » et d’écrire au stylo-plume.

Quelle est la première chose que vous vous souvenez avoir écrite ?

Je me souviens qu’à deux ans et demi, j’ai attrapé ma mère pour lui dicter un poème, car je ne savais pas encore écrire ! Mais, la première fois que je me rappelle avoir écrit moi-même, j’avais sept ou huit ans. J’étais dans ma chambre en train de composer des poèmes sur des dragons et des choses fantastiques inspirés de Tolkien.

Il semble clair que la science-fiction et le fantastique vous ont influencé dès vos premiers écrits. En quoi ces genres continuent-ils de vous inspirer ?

Ce qui m’intéresse dans le fantastique, la science-fiction, l’horreur et tout ce qui n’est pas réaliste est de créer une métaphore, un miroir déformant du monde qui nous entoure. Il faut voir ce que vous avez déjà vu des milliers de fois comme si vous ne l’aviez jamais vu avant.

Existe-t-il un genre littéraire ou une forme artistique qui vous est étranger, mais que vous aimeriez explorer à l’avenir ?

Voir L’Océan au bout du chemin adapté et joué au théâtre m’a fait prendre conscience que je n’ai pas encore écrit d’œuvre originale pour la scène. Ce serait amusant, car la magie d’une pièce de théâtre tient à ce qu’elle n’opère jamais deux fois de la même manière.

À propos de L’Océan au bout du chemin, quelle a été votre réaction quand vous avez vu vos personnages de papier prendre vie sur scène ?

Ça a été une véritable révélation pour moi. Lors du tout premier filage, j’étais assis au fond de la grande salle de répétition du National Theatre. Les lumières étaient allumées normalement et les acteurs n’étaient pas entièrement costumés, mais dix minutes avant la fin, des larmes, que j’ai essayé d’essuyer discrètement sous le regard de tout le monde, coulaient sur mon visage.

Je me rends compte que cette histoire touche à niveau viscéral, qu’elle travaille émotionnellement d’une manière que je n’avais pas imaginée. J’ai vu la pièce quatre fois dans différents théâtres du pays et, à chaque représentation, elle est tout aussi puissante. Par moments, vous pleurez, vous regardez autour de vous et vous réalisez que la personne d’à côté pleure également. Chacun pleure à cause de ce qu’il ressent, mais c’est une expérience partagée dans un même espace.

Vous écrivez tous vos premiers jets au stylo-plume. En quoi cet instrument est-il essentiel à votre processus créatif ?

J’étais à l’école quand j’ai acheté mon premier stylo-plume, vers 1996. J’écrivais Stardust et je voulais avoir l’impression de créer quelque chose dans les années 1920. Puis je suis devenu accro. Sentir la plume glisser sur le papier, ralentir mon geste et rendre mon écriture plus lisible est un tel plaisir. De plus, il me donne la sensation que j’ai le droit de me tromper. Écrire avec du papier et un stylo-plume m’offre une liberté artistique magique.

Des expériences vécues aux États-Unis vous ont-elles fait vous sentir vraiment britannique ?

La période la plus difficile a été celle de mon déménagement aux États-Unis, en 1992. Internet n’était pas encore très répandu, et acheter des produits internationaux ou écouter des radios étrangères était compliqué. Je ne me suis jamais senti aussi anglais que durant ces cinq années où j’ai vécu en Américain moyen coupé du Royaume-Uni. Après mes voyages en Grande-Bretagne, je ramenais nerveusement du thé, des vidéos et des cassettes aux États-Unis, car il aurait été impossible d’expliquer aux douaniers américains les stocks de Marmite et de sachets de Typhoo dans mon sac.

Lequel de vos personnages, tous univers confondus, a le plus de style ?

Je dirais Coraline. À Halloween, j’ai toujours le sourire quand je vois de petits enfants avec des ailes bleues, des manteaux jaunes et des bottes de pluie se promener gaiement comme quelqu’un que j’ai créé. J’aime le fait d’avoir imaginé une icône de mode pour les enfants de sept ans.

Neil Gaiman est photographié dans notre automne-hiver 2023 au Noël Coward Theatre de Londres.

Discover the look
Related Stories

OSEI BONSU

Auteur et conservateur, Osei Bonsu vit entre Londres et Paris. Il promeut avec passion les œuvres de la diaspora africaine et la représentation de l’art africain dans les musées du monde entier. Il soutient également des talents émergents à travers sa plateforme numérique, Creative Africa Network.

DR NICHOLAS CULLINAN

Dr Nicholas Cullinan est né dans le Connecticut, aux États-Unis, mais a grandi dans le Yorkshire, au Royaume-Uni. Directeur de la National Portrait Gallery de Londres, il a auparavant été le conservateur d’institutions culturelles parmi les plus importantes du monde, dont le Metropolitan Museum of Art de New York et la Tate Modern de Londres.